Les groupes d’analyse des pratiques professionnelles  travaillent-ils seulement les situations de travail ?

Pendant longtemps, j’ai présenté les groupes d’analyse des pratiques professionnelles comme des espaces permettant de travailler des situations de travail.

Je continue à le penser.

Mais quelque chose a commencé à me faire réfléchir (ou fléchir ?)

À force d’animer des groupes dans différents contextes, j’ai constaté que les professionnels ne restent pas toujours centrés sur la situation apportée.

La situation demeure le point de départ.

Elle reste le matériau principal du travail.

Mais elle ne constitue pas toujours son point d’arrivée.

Au fil des séances, certains groupes d’analyse des pratiques professionnelles semblent accéder à d’autres niveaux de réflexion.

Ils explorent les conditions qui rendent leur activité possible.

Ils parlent des ressources dont ils disposent.

Ils interrogent les contraintes avec lesquelles ils doivent composer.

Ils cherchent à comprendre les effets des transformations qui traversent leur environnement de travail.

Autrement dit, ils ne quittent pas le travail.

Ils élargissent progressivement leur compréhension de celui-ci.

Puis quelque chose d’autre apparaît parfois.

Le groupe ne parle plus seulement de ce qu’il fait.

Il parle aussi de ce qui lui permet de le faire.

Les savoir-faire du métier.

Les repères construits collectivement.

Les ressources que les professionnels mobilisent sans toujours en avoir pleinement conscience.

Les règles implicites qui soutiennent l’activité au quotidien.

Et parfois encore, d’autres questions émergent.

La transmission.

La qualité.

L’expertise.

La coopération.

L’identité professionnelle.

La continuité du travail malgré les changements en cours.

Comme si certaines situations ouvraient progressivement sur des questions plus larges qu’elles-mêmes.

Cette observation m’a conduit à revoir peu à peu ma manière de représenter ce qui se joue dans un groupe d’analyse des pratiques professionnelles

Je ne vois plus uniquement le groupe comme un espace centré sur l’analyse de situations professionnelles.

 

Je le vois davantage comme un espace permettant à un collectif d’explorer différents niveaux de compréhension de son activité.

Tous les groupes n’accèdent pas aux mêmes espaces.

Tous n’en éprouvent pas le besoin.

Cela semble dépendre de leur histoire, de leur maturité dans le dispositif, de leur état collectif du moment, mais aussi de la relation construite avec l’intervenant.

Certains groupes restent principalement centrés sur les situations apportées.

D’autres explorent les conditions d’exercice de leur activité.

D’autres encore accèdent à des questions touchant au métier lui-même ou à certaines préoccupations collectives émergentes.

Je ne sais pas encore ce que vaut cette hypothèse.

Je ne sais pas non plus jusqu’où elle peut être généralisée.

Je constate simplement qu’elle revient.

Dans plusieurs groupes.

Dans plusieurs institutions.

Dans plusieurs contextes.

Et lorsqu’une même question revient suffisamment souvent, elle finit par mériter d’être regardée de plus près.

Peut-être qu’un groupe d’analyse des pratiques ne travaille pas uniquement des situations de travail.

Peut-être permet-il aussi, lorsque certaines conditions sont réunies, d’explorer progressivement les différentes dimensions de l’activité professionnelle.

On entre souvent dans un GAPP par une situation.

On y découvre parfois beaucoup plus que cela.

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