GAPP : un espace qui ne fait pas ce qu’on croit
Le GAPP est souvent proposé comme une solution.
Un espace pour souffler.
Pour réguler.
Pour apaiser.
Parfois pour résoudre.
Mais le GAPP ne sert pas à ça.
Un GAPP ne régule pas une équipe.
Il ne tranche pas des tensions.
Il ne remplace pas une décision.
Il ne produit pas de solutions.
Le GAPP travaille le travail
Pas le travail prescrit.
Pas l’organisation.
Pas les procédures.
Le travail réel
Celui qui se fait.
Et celui qui, parfois, ne tient pas.
Dans les groupes, les situations n’arrivent pas comme prévu.
Elles arrivent comme elles peuvent.
Floues.
Incomplètes.
Déjà racontées plusieurs fois.
Parfois déjà expliquées.
Parfois déjà défendues.
Le groupe parle de l’usager, de la famille, de l’institution.
Et très peu, au départ, de ce qu’il fait lui-même.
Le GAPP ne commence pas par la bonne question.
Il commence par ce qui est là.
Et ce qui est là
n’est pas toujours le travail.
Alors il faut ralentir.
Revenir à une situation.
Prendre le temps de décrire.
Reposer des questions simples.
Parfois trop simples.
Cela ne va pas de soi.
Cela s’apprend.
Souvent lentement.
Dans beaucoup d’établissements, une confusion s’installe.
On attend du GAPP :
qu’il régule
qu’il apaise
qu’il cadre
qu’il produise des réponses
Mais ces fonctions ne relèvent pas du même endroit.
Quand elles ne trouvent pas de place ailleurs,
le GAPP les récupère.
Sans pouvoir les traiter.
Alors deux choses apparaissent.
Le groupe parle de l’institution.
Ou il attend qu’on lui dise quoi faire.
Et le travail passe au second plan.
Le GAPP n’est pas en échec.
Il est utilisé pour autre chose.
Un GAPP ne fonctionne jamais seul.
Il dépend de ce qui existe autour.
Ou de ce qui manque.
S’il n’existe pas d’espaces pour :
décider
arbitrer
réguler
clarifier
alors le GAPP absorbe ce qui ne se traite pas ailleurs.
Et il finit par décevoir.

Travailler en GAPP demande autre chose.
Accepter de ne pas comprendre trop vite.
Supporter des moments où ça ne produit rien d’évident.
Revenir au concret.
À ce qui est fait.
À ce qui se passe.
Les effets sont rarement spectaculaires.
Souvent, ils passent inaperçus.
Un décalage dans une manière de voir.
Une question qui se déplace.
Une phrase, parfois : “je n’avais pas regardé ça comme ça”
Le travail avance souvent comme ça.
À bas bruit.
Mettre en place un GAPP n’est pas compliqué.
Le faire exister réellement est plus exigeant.
Cela suppose :
un cadre tenu
une fonction claire
et, autour, d’autres espaces qui jouent leur rôle
Cela suppose aussi, pour l’encadrement,
de distinguer ce qui relève :
du travail des équipes
du fonctionnement de l’organisation
et des espaces nécessaires pour les traiter.
Sans cela, le GAPP portera plus qu’il ne peut.
La question n’est pas : faut-il un GAPP ?