Relecture dossier VAE : quelle place pour l’accompagnateur ?
Ces derniers jours, un partenaire VAE m’a posé une question simple :
“Et si un candidat demande une relecture globale de son dossier, comment fais-tu ?”
Question simple.
Mais qui continue à me travailler.
Pourquoi un candidat demande-t-il une relecture ?
Bien sûr :
pour clarifier,
mettre en ordre,
être guidé,
se rassurer aussi.
Mais plus j’avance dans l’accompagnement VAE, plus une autre question apparaît pour moi :
À qui appartient progressivement la lecture professionnelle de l’expérience racontée dans le dossier ? (Car derrière le mot “relecture” peuvent se jouer des réalités très différentes : correction, structuration, reformulation, réécriture, validation implicite du fond, préparation à l’oral…)

Je lis.
Beaucoup même.
Mais je ne lis pas d’abord pour valider le dossier à la place du jury.
Je lis pour repérer comment l’activité est racontée, analysée, structurée.
Je regarde :
les choix de situations,
les opérations décrites,
la prise d’information,
les analyses,
les prises de décision,
les gestes professionnels,
les verbes utilisés,
la structure des phrases,
la manière dont le candidat met progressivement son métier en mots.
Je regarde aussi comment certaines couches du vécu professionnel apparaissent dans l’écriture selon les métiers :
les gestes et les mouvements du corps chez une auxiliaire de puériculture,
les raisonnements logiques chez un informaticien, les analyses et arbitrages dans d’autres professions.
Et surtout, je regarde si le candidat commence progressivement à pouvoir transposer cette manière d’analyser et d’écrire sur d’autres situations professionnelles.
L’accompagnateur est peut-être responsable du processus d’accompagnement… et co-construit le contenu de cet accompagnement… sans pour autant devenir l’expert de l’expérience racontée dans le dossier.
Or le jour du jury, le dossier ne parle plus seul.
Le candidat doit parfois :
soutenir un choix,
argumenter une décision,
reconnaître une limite,
ou entrer en discussion avec le jury sur la valeur professionnelle de son expérience.
Et dans ces moments-là, la question n’est plus seulement celle du dossier.
Je remarque parfois un basculement assez particulier dans certains accompagnements.
Un moment où le candidat cesse progressivement de chercher “la bonne réponse”…
et commence à discuter autrement de son travail.
Comme si sa propre lecture professionnelle de l’expérience devenait progressivement plus stable.
Cette manière d’accompagner peut parfois déstabiliser.
Peut-être parce qu’elle cherche moins à sécuriser le dossier qu’à permettre au candidat de soutenir progressivement sa propre lecture de l’expérience.
Je ne suis pas certain d’avoir une réponse définitive sur la question de la relecture.
Mais je crois qu’elle interroge profondément la place de chacun dans l’accompagnement VAE.
Reconnaissant au passage à mon partenaire d’avoir ouvert cette réflexion professionnelle.