Analyse des pratiques professionnelles : quand le groupe cherche une réponse trop vite

Je viens de démarrer une nouvelle série de Groupes d’Analyse des Pratiques Professionnelles en dehors de La Réunion.

Dans plusieurs groupes, le même mouvement revient très vite.

Quelqu’un expose une situation.

Et presque immédiatement, le groupe cherche :

quoi faire, quoi dire, comment réagir.

C’est logique.

Dans beaucoup de métiers, répondre vite fait partie du travail.

Le quotidien demande souvent : d’agir, de tenir, de décider, de s’ajuster.

Rester trop longtemps avec une question peut même parfois être vécu comme : une perte de temps, une absence d’aide, ou un manque d’efficacité.

Et pourtant, une partie du travail du GAPP consiste précisément à ne pas répondre trop vite.

Pas pour empêcher l’action.

Mais pour éviter que la situation soit immédiatement réduite : à une solution, une conduite à tenir, ou un conseil.

Alors le protocole oblige parfois le groupe à revenir vers l’explicitation de la situation.

Décrire davantage.

Préciser.

Reprendre le contexte.

Questionner ce qui semblait déjà compris.

Le groupe investigue.

Relance.

Reformule.

Et ce travail ne se fait pas toujours facilement.

Le groupe revient souvent : vers la solution, le conseil, ou la recherche d’une réponse immédiatement utilisable.

Alors il faut parfois ralentir.

Non comme principe.

Mais comme nécessité méthodologique.

Pour éviter que le groupe pense avoir déjà compris trop vite.

Progressivement, certaines questions se déplacent.

Au départ, elles portent surtout : sur l’enfant, le parent, la collègue, ce qui ne fonctionne pas.

Puis elles tendent parfois à intégrer : la place du professionnel, sa manière d’agir dans la situation.

“Comment faire avec ce parent ?”

devient parfois :

“Pourquoi ai-je peur d’aller vers lui ?”

“Pourquoi cette salariée n’évolue pas ?”

devient :

“Pourquoi est-ce que je continue à faire à sa place ?”

La première question n’était pas mauvaise.

Elle appartenait déjà au travail réel.

Mais elle ne permettait pas encore de regarder toute la manière dont le professionnel était engagé dans la situation.

Le travail du groupe ne consiste donc pas seulement à analyser une situation.

Il consiste aussi à travailler la manière dont le problème est posé.

À déplacer progressivement la manière dont la situation est regardée.

Dans cette première phase, l’animateur prend souvent beaucoup de place.

Il soutient le cadre.

Relance l’explicitation.

Empêche que le groupe revienne trop vite vers la solution.

Reprend les questions.

Ralentit parfois le moment où une réponse semble déjà trouvée.

Puis progressivement, quelque chose peut commencer à circuler autrement dans le groupe.

Les questions des pairs deviennent plus précises.

Les reformulations changent.

L’investigation se soutient davantage collectivement.

Au fond, une partie du travail de l’animateur consiste peut-être aussi à cela :

travailler progressivement à devenir moins nécessaire au groupe pour penser le travail.